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Une grande famille

Pendant la période estivale et les miellés, une ruche peut compter jusqu’à 80 000 abeilles. Ça en fait du monde, mais il en faut pour remplir la longue liste de tâches à faire dans la ruche. Explorons les trois types d’abeilles que l’on retrouve dans la ruche et apprenons comment les distinguer.

Avant toute chose, comment distinguer une abeille d’une guêpe ?

Premièrement, une guêpe (20 à 25 mm) est plus grosse qu’une abeille (de 11 à 18 mm) et son abdomen est facile à différencier du thorax, car sa taille est minuscule.  C’est d’ailleurs de là que vient l’expression « avoir une taille de guêpe ».

Deuxièmement, les guêpes ont très peu de poils (ce qui empêche la pollinisation) et des marques noires se découpent bien sur leurs abdomens jaunes vifs. 

Troisièmement, la guêpe et l’abeille piquent, mais contrairement à sa cousine à miel, la guêpe peut piquer plusieurs fois parce que son dard est lisse.  Les guêpes ont aussi tendance à être plus agressives et à piquer alors qu’elles ne sont que légèrement agacées. L’abeille, quand à elle, laisse son dard dans la peau quand elle pique et meurt rapidement après. 

Quatrièmement, la guêpe ne fabrique pas de cire pour construire son nid, mais utilise plutôt de l’écorce qu’elle mélange à sa salive, ce qui donne au nid une allure de papier journal. 

Finalement, la guêpe ne produit pas de miel, bien qu’elle puisse récolter le nectar des fleurs. Toutefois, la guêpe joue un rôle important pour la biodiversité en mangeant de petits insectes.

La reine

Une ruche compte des dizaines de milliers d’abeilles, mais elles ont toutes une seule et même mère : la reine.  Dans la ruche, bien qu’elle ne soit pas toujours facile à différencier, la reine est unique en son genre. C’est la seule qui puisse pondre des œufs, donc elle assure à elle seule la descendance et la survie de la colonie.  Par contre, le fait qu’on la nomme « reine », ne veut pas du tout dire qu’elle passe son temps à manger de la brioche au miel pendant que la colonie se dévoue à la tâche. Une vie de reine est très exigeante, car elle doit continuellement pondre pour permettre à la colonie d’accumuler des réserves pour l’hiver. Durant la période de ponte intensive, qui arrive l’été avec les miellées, la reine peut pondre jusqu’à 1500 œufs par jour, soit son propre poids en œufs ! Imaginez accoucher des centaines de fois par jour, ça devient vite fatiguant ! Heureusement, les ouvrières qui jouent le rôle de « cour » s’occupent très bien d’elle et l’entoure continuellement, par exemple pour faire sa toilette et la nourrir.

Ce qui différencie une reine d’une ouvrière, ce sont les soins prodigués au stade larvaire. Une larve de reine sera nourrie pendant 5 jours (3 pour les ouvrières) avec une gelée royale spéciale contenant de la royalactine (une protéine qui augmente la croissance et le développement des ovaires). À ce stade, le poids de la reine peut être multiplié par 1000, et les ouvrières viennent lui rendre visite jusqu’à 10 fois plus qu’une larve normale (son nombre de repas peut frôler les 70 000 ; le nombre de l’ouvrière s’approche de 7000). Après quelques jours, l’alvéole royale (qui est beaucoup plus grande et ressemble à une enveloppe d’arachide), est operculée (scellée avec de la cire) et la reine passe par le stade de nymphe, puis nait environ 7 jours plus tard, pour un total de 16 jours passés dans l’alvéole. La reine est la seule à continuer à se nourrir de gelée royale après sa naissance, ce qui lui donne une plus longue durée de vie, soit de quatre à cinq ans. 

Par la suite, la jeune reine sera fécondée par les faux bourdons (abeille mâle) durant son vol nuptial et pourra pondre des œufs fécondés, qui deviendront des ouvrières. Les œufs qu’elle pondra qui ne seront pas fécondés deviendront des faux bourdons.

Au niveau physique, la reine a un abdomen plus grand que les ouvrières, car ses organes reproducteurs sont beaucoup développés. Une reine a donc une taille totale de 20 mm, contre 15 mm pour l’ouvrière. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui permet aux apiculteurs de la retrouver dans la ruche, avec la traditionnelle cour qui l’entoure pour s’occuper de son toilettage et de la faire manger.

La reine possède également des glandes spéciales qui servent à la production de phéromones royales (une molécule chimique qui engendre différents comportements de l’essaim). Ces phéromones donnent, entre autres, la personnalité de l’essaim (doux ou agressif) et indiquent aux ouvrières que la reine est toujours présente dans la ruche, ce qui les incitent à construire des alvéoles et à ne pas créer de nouvelles cellules royales pour remplacer la reine.

L’ouvrière

L’ouvrière travaille fort et avec acharnement toute sa vie. Au sein de la ruche, elle expérimentera divers métiers.

Tout d’abord, la reine pond un œuf fécondé dans une alvéole. L’œuf fraîchement pondu reste bien droit, puis tombe sur le côté après 3 jours. Il se transforme alors en larve, et les abeilles nourrices l’alimente pendant 3 jours à la gelée royale. Vers le 9ième jour, l’alvéole est operculée, et l’abeille passe par le stade de nymphe pour devenir une adulte. Le développement total d’une ouvrière dure 21 jours, soit 5 jours de plus que le développement d’une reine.

Le premier travail de la jeune ouvrière sera ménagère. Une fois sortie de son alvéole, l’abeille nettoie les cellules qui se trouvent sur le cadre où elle est née, car pour que la reine ponde de nouveau dans ces alvéoles, elles doivent être dénuées de tout déchet. L’abeille naissante peut aussi nettoyer le fond de la ruche en y sortant les cadavres d’abeilles et les débris de cire.

À six jours, l’abeille devient nourrice. Elle va donc consommer le miel des cadres et le transformer en gelée royale grâce à ses glandes mandibulaires. Les larves émettent des hormones qui incitent les abeilles à venir leur apporter de la gelée royale.

Après ses premiers jours, chaque jeune ouvrière devient servante, soit s’occupe du bien-être de la reine (et fait à ce moment partie de la cour). Cette période est assez courte, mais essentielle, car durant les moments passés avec la reine, l’ouvrière s’imprègne de phéromones, c’est-à-dire une molécule produite par la reine qui est propre à chaque essaim. Cela permet donc aux autres abeilles de s’assurer que l’ouvrière fait bien partie de la ruche.

Par la suite, vers deux semaines, l’ouvrière peut devenir bâtisseuse, donc elle s’occupe de la construction des rayons à l’aide des huit glandes cirières présentes sur son abdomen. Saviez-vous que si les alvéoles sont en formes d’hexagones, c’est parce que les abeilles ont six pattes ? En effet, pour édifier une cellule, l’abeille produit une certaine quantité de cire en petits feuillets, puis elle les élargit et les érige avec ses six pattes pour former un rond. Chaque patte représente donc un côté de l’alvéole. Il serait intéressant de voir le résultat d’une cellule construire par une abeille à cinq pattes…

Le temps passe, et maintenant l’ouvrière plus âgée emmagasine le nectar récolté par les butineuses. Elle effectue en parallèle des vols d’orientation autour de la ruche, car la prochaine étape de sa vie est d’être butineuse. Les activités en dehors de la ruche sont faites par les abeilles plus âgées, vers l’âge de trois semaines. Être butineuse est un métier très exigeant et l’ouvrière accomplit cette tâche jusqu’à sa mort, soit environ pendant six jours, dépendamment des périodes intenses de miellées. 

Tout comme les fourmis, les abeilles possèdent deux estomacs ; le premier pour la digestion de l’abeille elle-même, le second pour pouvoir nourrir les autres membres de la colonie, aussi appelé jabot. Lorsqu’une butineuse part visiter des fleurs, elle aspire le nectar de celles-ci et l’entrepose dans son jabot. Une fois ce deuxième estomac plein (jusqu’à 75 mg, soit presque le poids de l’abeille qui est de 85 mg !), elle retourne à la ruche et passe son nectar aux magasinières par trophallaxie, c’est-à-dire d’un jabot à l’autre par les bouches des abeilles. Dans certains cas, une seule ouvrière peut visiter jusqu’à 3000 fleurs par jour. La butineuse accumule aussi du pollen qu’elle met en boule et accroche à l’arrière de ses pattes.

Le temps passe, et maintenant l’ouvrière plus âgée emmagasine le nectar récolté par les butineuses. Elle effectue en parallèle des vols d’orientation autour de la ruche, car la prochaine étape de sa vie est d’être butineuse. Les activités en dehors de la ruche sont faites par les abeilles plus âgées, vers l’âge de trois semaines. Être butineuse est un métier très exigeant et l’ouvrière accomplit cette tâche jusqu’à sa mort, soit environ pendant six jours, dépendamment des périodes intenses de miellées. 

Entretemps, l’abeille peut aussi avoir joué le rôle de gardienne, donc avoir contrôlé les entrées et les sorties de la ruche. Plus jeune, l’ouvrière peut également avoir contribuer à réguler la température et l’humidité de la ruche. En effet, les abeilles maintiennent la température de la ruche autour des 35°C, et le niveau d’humidité est crucial pour la fabrication du miel, car la magasinière doit abaisser la concentration en eau du nectar pour atteindre un taux d’humidité d’environ 18 %. Une fois le bon taux atteint, l’alvéole remplie de miel est recouverte de cire.

Pour produire 1 kg de miel, un minimum de 800 000 visites de fleurs sont nécessaires !

Finalement, l’ouvrière meurt après une trentaine de jours. Les ouvrières nées pendant l’hiver font cependant exception à la règle, car elles peuvent vivre plusieurs mois (chose essentielle pour la survie de la colonie durant les grands froids).

Le faux bourdon

Le faux bourdon est le seul mâle de la ruche. Il est né d’un œuf non fécondé pondu par la reine et il est dépourvu de dard, donc il ne pique pas. Son rôle dans la ruche est avant tout de féconder les jeunes reines pendant leurs vols nuptiaux. Les faux bourdons passent plus de temps dans leur alvéole que les ouvrières, soit environ 24 jours. Ce n’est qu’à 30 à 40 jours de vie que les faux bourdons atteignent leur maturité et peuvent féconder une reine. 

Ils sont un peu plus gros que les ouvrières, mais il n’y a absolument aucun rapport avec le faux bourdon et le bourdon commun (qui est gros, poilu, trapu et dont le vol est très bruyant). Ce sont deux espèces différentes ; il y a d’ailleurs des reines femelles chez les bourdons.

Comme mentionné plus haut, les abeilles ont toutes la même mère, mais pas le même père. En effet, lors de l’accouplement, plusieurs faux bourdons peuvent féconder la reine, certains venant même de d’autres colonies. Ces différents parents expliquent donc pourquoi les abeilles d’une même ruche ne se ressemblent pas toutes.

La vie de faux bourdon est beaucoup moins exigeante que celle de l’ouvrière. Malgré tout, une fois que le faux bourdon a accomplit sa tâche et a fécondé une reine, il meurt rapidement après l’accouplement.

Pour conclure, la ruche possède trois membres. Il y a tout d’abord la reine, qui est une mère-porteuse accouchant plusieurs centaines de fois par jour. Vient ensuite l’ouvrière, qui vit trente petits jours très intenses en exécutant différentes tâches dans la ruche. Une seule ruche compte des dizaines de milliers d’abeilles ouvrières. Finalement, il y a les faux bourdons, dont la ruche en compte un peu plus d’une centaine. Ils se la coulent douce toute leur vie, jusqu’à ce qu’ils meurent après avoir fécondé une reine. 

Au fond, en plus d’être une très grande famille, la ruche est aussi une très « bizzzzare » de famille.

Il est important de connaître les différences entre les guêpes et les abeilles, ainsi que les différences entre les membres de la ruche. Grâce à cela, on devient plus sensible à ces êtres ailés, car on comprend mieux leur fonctionnement.

 

« Le bonheur pour une abeille est d’exister.

Pour l’homme, c’est de le savoir et de s’en émerveiller. »