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Entrevue avec une infirmère

Rencontre avec Mme Langlois, infirmière à l’hôpital Laurentien, Sainte-Agathe-des-Monts. Me voici donc en entrevue, distanciée et protégée, avec Mme Langlois, chef de programme hémato-oncologie, soins palliatifs ambulatoires et hospitaliers du Nord, direction des soins infirmiers et de l’éthique clinique, Centre intégré santé et de services sociaux des Laurentides, hôpital Laurentien.

– Bonjour Mme Langlois.

 

– Bonjour Elisabeth.

 

– Commençons avec une première question. Vous êtes-vous déjà fait insulter à l’hôpital dans le contexte de la pandémie? Si oui, qu’avez-vous ressenti?

 

– Non, je ne me suis jamais fait insulter. Au contraire, je pense que les patients et les familles sont tous très contents que nous soyons là, très heureux du travail que l’on fait. Je pense qu’il y a une très grande satisfaction à ce niveau-là. Cependant, nous avons récolté beaucoup de plaintes de mécontentement parce que les patients sont isolés, parce que les familles ne peuvent pas voir leurs proches. Je crois qu’il y a une très grande souffrance. Il y a beaucoup d’émotions liées au confinement des patients. Donc, pour répondre à ta question, non je n’ai pas eu d’insultes, ni moi ni mon équipe, mais il y a une insatisfaction au niveau de l’organisation en temps de pandémie.

 

– Très bien. Passons à la deuxième question. Comment vivez-vous la conciliation travail-famille dans le contexte de la pandémie?

 

– Je dois avouer que ma conciliation travail-famille, c’est d’être capable de me sentir bien chez moi, d’être capable de laisser derrière moi le stress du travail et de pouvoir trouver des activités qui me relaxent, par exemple le yoga, un sport auquel je m’adonne deux fois par semaine, le matin, avant le travail. Je pense aussi que, pour être bien chez soi, il faut fermer son cellulaire pour justement ne pas être tenté de répondre à des messages concernant le travail durant ces petits moments de congés. Je crois aussi qu’il faut prendre le temps de bien manger, en préparant une belle table avec des bougies ainsi qu’en cuisinant un bon repas afin de pouvoir profiter pleinement de ce moment. Mon dernier truc, c’est de simplement rendre confortable sa demeure en la décorant et en y ajoutant de la chaleur.

 

– Merci, passons tout de suite à la troisième question. Quels changements ont été apportés au réseau de la santé depuis le printemps dernier?

 

– Le changement majeur a été apporté au niveau de nos pratiques, parce que nous avons mis de l’avant la prévention des infections. Bien sûr, avant la pandémie, nous avions cette prévention, mais plus en arrière-plan. Le deuxième chamboulement, c’est beaucoup au niveau de ma fonction. Tu as vu dans mon titre, je gère les soins palliatifs. Cependant, toute la clientèle des soins palliatifs a été transférée ailleurs, dans un autre département. Ma mission a donc changé. J’ai perdu ma spécialité pour me mettre au diapason de la COVID-19. Finalement, le troisième changement, c’est d’être capable de gérer l’émotion du personnel, parce que les gens ont peur d’attraper le virus. Nous sommes au courant de toutes les personnes qui meurent dans l’hôpital et c’est très dur sur le moral des employés. C’est donc énormément de gestion en plus de tout le travail que nous donnent la pandémie.

 

– Super, maintenant passons à la dernière question. Trouvez- vous que la gestion de l’hôpital est meilleure après les changements liés au virus?

 

– Non, selon moi, ce n’est pas meilleur, c’est différent et difficile. La chose que je trouve dommage, c’est que, présentement, toutes nos actions sont liées à la COVID-19 et je crois qu’on oublie toutes les autres problématiques qu’un hôpital peut gérer. Nous sommes tellement centrés sur la pandémie que toute nos énergies sont mises là-dessus alors qu’il y a bien d’autres problèmes qui existent que nous avons mis de côté.

 

– Merci beaucoup de m’avoir accordé cette entrevue et bonne chance dans votre continuité!

 

– Ça m’a fait plaisir et merci à toi!