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Laurence Anyways, transsexualité et normalité

Ce film est l’histoire d’une femme transsexuelle dans les années 90, Laurence Emanuel James Alia. Au commencement de ce long-métrage, on visionne l’anniversaire de Laurence, ses 35 ans en tant qu’homme. Son amoureuse, Fred, qui s’apprête à apprendre la nouvelle qui changera sa vie, lui offre en cadeau son passeport. Elle lui annonce qu’ils partiront à New York. Laurence explose, hurlant, pleurant, gémissant. Il lui dit précisément : « Écoute-moi, si je ne te le dis pas, je vais mourir. » À ce moment-là, le téléspectateur apprend que Laurence se sent femme et pas homme. 

 

Le film est l’histoire de Laurence, affrontant la jungle qu’est le monde, la société. Nous sommes bourrés de stéréotypes, d’images de soi-disant normalité. Mais qu’est-ce que la normalité après tout? Voici la vraie question. La société est un monstre aux canines aiguisées qui ne rêve qu’à nous comparer les uns aux autres. 

 

Je me demande d’où viennent tous ces stéréotypes. Pourquoi l’attribution du rosé est-elle associée aux femmes et le bleuté aux hommes ? Qui est l’humain qui en décida ainsi ? Personne ne le sait, pourtant, tout le monde la connait, cette misérable idée reçue. Laurence, elle, lui, est née dans du bleu, mais aurait aimé naître dans du fuchsia. Dans un beau rose satiné. 

 

Dans notre société, c’est le sexe masculin qui dirige. Depuis toujours. Au Québec, ça change, mais à pas d’escargot. Dites-moi : y a-t-il une seule religion qui acclame l’homosexualité et la transsexualité ? Aucune. Elles prescrivent toutes d’avoir un bon mari, une bonne femme. Elles disent aussi que le bonheur est capital, mais tout est peint en noir et blanc. Et dès qu’un individu sort de chez lui en rose, en jaune ou en vert, tous le regardent avec curiosité et supériorité. Comme s’il fallait absolument être comme la société le veut. Donc, Laurence qui sort « jackée » sur ses talons hauts, robe, maquillage, bijoux et avec un pénis entre les deux jambes, imaginez-vous la scène. Il en faut du courage. Encore plus dans les années 90, car nous étions encore très fermés. On voulait du beau, du parfait, de l’ordinaire. Dans ces années-là, la transsexualité était une maladie mentale. Dans l’édition 1990 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (le guide DSM édité par l’Association Américaine de Psychiatrie) la transsexualité est reconnue comme étant une maladie mentale. Ecce homo, que Laurence dit, ecce homo.

 

Le pire, c’est que nous ne choisissons rien de tout ça. La vie, le salaire, le respect qu’on t’accorde sont déterminés par un organe reproducteur. Si tu possèdes des ovaires au lieu des spermatozoïdes, tu es probablement sûre que tu gagneras moins d’argent que quelqu’un qui n’en a pas. Et on ne l’a même pas choisi. Donc, imaginez un homme moyen, gagnant probablement plus qu’une femme moyenne, voulant devenir cette femme. Je trouve ça rassurant de savoir quand 2020, au Québec, nous l’acceptons de plus en plus, car de plus en plus de gens s’ouvrent et s’affirment tels qu’ils sont.

 

Tout au long du long-métrage, on assiste à l’amour torride et coloré entre Laurence et Fred. Deux femmes déchirées par la même question : qui sommes-nous réellement ? Pas une des deux ne possède la réponse. Pourtant, elles essaient tout de même de se faire confiance. Puis, vient la goutte qui fera déborder le vase. La fameuse normalité.  Fred panique, sacre toute ça là, comme on dit. 

 

Les deux femmes se font une nouvelle vie, chacune de leur côté. Laurence commence à écrire, elle écrit des poèmes. Elle publie son premier recueil. Jeune femme inspirante et pleine d’espoir, elle envoie une copie à Fred. Fred se rencontre qu’elles sont encore toutes les deux éperdument amoureuses l’une de l’autre. Je n’en dirai pas plus, car tout se complique d’une telle douceur qu’on ne voit pas la deuxième goutte qui s’approche sournoisement.

 

On peut donc dire que le réalisateur, Xavier Dolan est assez avant-gardiste, car ce film est sorti 2012. C’était encore tabou il y a 10 ans. Je remercie donc, ce cher Xavier de nous montrer les couleurs de leurs sentiments, mais aussi de les démystifier.

 

Finalement, je crois que notre société veut qu’on rentre dans un minuscule et ridicule carré. Pourquoi ne pas être dans un immense cercle, ou simplement une ligne, continue, infinie ? Qu’on puisse choisir notre commencement et notre fin. Pourquoi ne pas être qui on veut ?