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Cri du cœur au féminin

« Comment frapper une femme sans que personne ne le sache ? » a été googlé à 163 millions de reprises en 2020. À chaque seconde, ce sont cinq interrogations de ce genre qui germent dans l’esprit de certains… 92 % des victimes d’agression sexuelle étant des femmes, je me pencherai sur la situation de ces dernières, les grandes mal-aimées de notre société aux valeurs traditionnelles dépassées.

 

L’heure est grave

 

Le 17 avril 2021 est une date funèbre. Ce jour-là marqua le dixième féminicide de l’année au Québec. Il est tout à fait légitime de croire que des manifestations et des revendications féministes surgiraient de toutes parts pour décrier l’inaction flagrante des gouvernements dans ce dossier. Silence radio. Il semblerait que les Québécois aient décidé de se recroqueviller et d’ignorer cet hécatombe féminin en évitant délibérément d’affronter cette problématique aussi terrifiante, alors que la communauté canadienne pose son regard sur notre province et nous presse d’agir. 

 

Croyant dur comme fer que les agressions sexuelles en milieu public sont des problèmes de société de faible envergure, il n’est pas rare d’entendre certaines personnalités publiques proclamer haut et fort qu’il suffit de réformer les sphères de l’industrie du spectacle, des sports ou de la politique pour venir à bout de cette problématique. Toutefois, elles ignorent (peut-être volontairement) que la banalisation de l’insécurité des femmes et la domination de l’homme sur ces dernières sont des éléments ancrés dans les bases même de la société patriarcale québécoise qui refuse d’évoluer. 

 

Tout récemment, une étude britannique publiée par le UN Women UK a affirmé que 97 % des femmes âgées entre 18 et 24 ans vivraient une forme d’agression durant cette période de leur vie… La réalité nous frappe en plein cœur: tous les hommes ne sont pas des agresseurs, mais les femmes sont assurément toujours les victimes.

 

Motus et bouche cousue 

 

Ces femmes, en proie à leur conjoint violent, refusent catégoriquement de crier à l’aide, étant terrifiées des répercussions que peuvent engendrer un tel geste et craignant que leur requête ne fasse pas écho auprès des autorités. Malheureusement, seulement 5 % des victimes auront le courage de dénoncer leur agresseur, la démonstration du bien-fondé d’une plainte déposée à la police pour agression sexuelle s’avérant complexe et interminable. 

 

Ces filles martyres s’infligent un aveuglement volontaire qui, loin de les protéger, ne fait qu’empirer l’emprise que les agresseurs détiennent sur elles. Le chez-soi de ces femmes, où elles se pensaient à l’abri de notre monde cruel et sans pitié, devient une prison où elles sont épiées dans leurs moindres faits et gestes. Réveillons-nous, nous assistons à une déshumanisation radicale des filles !

 

C’est sans compter le coût astronomique d’un logement métropolitain qui freine tout élan des femmes à quitter leur environnement toxique et à reconstruire leur vie dans un nouveau milieu. 

 

Vous ne voyez toujours pas où est le problème ? Eh bien, le code criminel canadien ne considère pas le harcèlement sexuel comme un crime, alors que le harcèlement, lui, est illégal. Cette incohérence flagrante parle d’elle-même…

 

Un brin d’espoir… et puis non.

 

Comment les femmes victimes d’agression sexuelle peuvent-elles se sentir épaulées et protégées quand le passé nous a démontré que notre système de justice ne fonctionne pas pour punir ce type de crime? Le manque de confiance des femmes envers le système est flagrant et les pousse à rester dans l’ombre. Toutefois, soulignons l’audace dont quelques femmes font preuve pour dénoncer ces agressions, notamment le groupe des Courageuses.

 

Le regroupement des maisons pour femmes victimes de violences conjugales (RMFVVC) est l’un des meilleurs réseaux d’aide pour les femmes vulnérables qui fuient un partenaire violent. La mission centrale de cet organisme communautaire est de fournir une aide immédiate et un refuge aux femmes violentées et à leurs enfants. De plus, le centre participe à des débats publics pour assurer l’évolution des lois encadrant la violence conjugale. Le RMFVVC regroupe 42 maisons d’accueil à travers le Québec où des travailleurs sociaux et des psychologues accueillent à bras ouverts les victimes. Toutefois, ces centres d’aide ont rapidement dépassé leur capacité d’accueil dans la dernière année en raison de la pandémie qui a fragilisé la situation déjà précaire de plusieurs femmes.

 

Bref, ce ne sont assurément pas les discours fraternels et sympathiques du premier ministre François Legault, s’adressant sur un ton moralisateur aux « gars » du Québec, qui renverseront la tendance et rétabliront la justice qui doit revenir de plein droit aux femmes.