loader image

Skip links

Français en péril

Assiégée de toutes parts, la langue française est en danger. L’anglais est présent depuis longtemps au Québec, mais depuis la montée d’un phénomène appelé « américanisation »,  l’anglicisation du Québec s’est terriblement accélérée. 

Mais le pire, c’est qu’on ne voit même plus la bataille ni le danger. On saute à pieds joints dans l’assimilation, en piétinant au passage ce français si fragile.

« Y a-t-il un vaccin contre l’anglicisation ? », a écrit Gilles Proulx dans le Journal de Montréal. Oui, il y en a un : il s’appelle « valorisation de la langue ». Mais les Québécois francophones ne font même plus l’effort de défendre leur langue. Pour la première fois depuis la conquête de la Nouvelle-France par l’Angleterre, les Québécois ont perdu leur légendaire tête de cochon.

Le français est une langue difficile à apprendre, et une bonne maîtrise du français est un défi qui n’est pas surmontable pour tous. On en a la preuve en sachant que des cours sur les participes passés employés avec avoir sont encore enseignés à l’université. De plus, près de la moitié des Québécois sont analphabètes fonctionnels, selon une étude commandée par le Fonds de solidarité FTQ. La langue de Molière est délaissée au profit de la langue de Shakespeare qui attire par son apprentissage beaucoup plus facile que celle du français.

Toutefois, le massacre du français à l’écrit et à l’oral ne date pas d’hier. Ce qui bouleverse l’ordre établi est surtout la montée en influence de l’anglais, phénomène provoqué par l’américanisation des Québécois. 

De nos jours, avec les écrans, le visionnement de séries télé et de vidéos YouTube s’est accru. En général, ces contenus viennent des États-Unis et sont en anglais. Les sites de nouvelles, souvent partagés par les réseaux sociaux, sont également en anglais. À la longue, lorsqu’on baigne dans ce milieu anglophone, notre vocabulaire en devient irrémédiablement affecté. À travers le Canada, les gens qui se qualifient de bilingues parlent plutôt un franglais médiocre. Rien qu’au spectacle de la Fête Nationale du Québec, en juin 2020, un pêcheur de la Gaspésie a dû faire sous-titrer ses paroles parce que sa prononciation était incompréhensible. S’il n’était même pas capable de prononcer une phrase correctement, que penser de sa réelle maîtrise de la langue ?

Si on cherche à regarder une série traduite en français, la qualité de la traduction laisse souvent à désirer, et elle est très certainement bourrée d’anglicismes. En France aussi, l’américanisation bat son plein : les Français adorent remplacer des mots de leur vocabulaire par des anglicismes.

  1. Leclair, enseignant de civilisations classiques, m’a déjà raconté que, lors d’un voyage à Paris, une serveuse n’avait pas compris sa commande lorsqu’il a demandé un biscuit au citron. Pour elle, c’était un « lemon cookie ». Et on ose dire que Paris est l’une des plus grandes villes francophones du monde…

Un reportage mené par le Devoir sur de jeunes élèves du secondaire montre à quel point l’anglais prend de l’ampleur. Les trois jeunes filles interviewées, bien qu’ayant le français comme langue maternelle, se textent en anglais, écoutent des séries en anglais et prévoient de faire leur cégep et leur université en anglais. Pour elles, l’anglais est nécessaire pour la suite de leurs études, car c’est une langue qui est utilisée et comprise par tous. 

 

Cela m’a désolée de voir qu’il était préférable d’étudier en anglais surtout pour se voir ouvrir plus de portes et non dans le but de s’ouvrir sur le monde et devenir bilingue. Malheureusement, cela montre à quel point la majorité des jeunes n’a pas de réel attachement envers la langue française et n’essaie même plus de la valoriser.

Selon des études menées par l’Office québécois de la langue française (OQLF), le français connaitra une baisse d’utilisation dans les prochaines années. En 2011, 82 % des Québécois parlaient français à la maison. En 2036, ce chiffre descendra à 75 %, selon l’OQLF. 

En 2018, un sondage sur l’utilisation de l’anglais en milieu de travail s’est révélé alarmant. Un employé francophone sur quatre affirmait utiliser autant le français que l’anglais. De plus, uniquement 18,7 % des francophones disaient utiliser presque exclusivement le français. 

Parler et apprendre l’anglais est une bonne chose pour pouvoir se faire comprendre, s’ouvrir sur le monde et se débrouiller lorsqu’on ne peut pas utiliser le français. Mais pourquoi abandonner volontairement le français au profit d’un anglais que l’on maîtrisera mal et baragouinera ? En effet, dire que l’on parle anglais et bien parler anglais sont deux choses complètement différentes.

Pourquoi dénigrer le français à ce point ? 

C’est une belle langue riche de vocabulaire et d’histoire. Sa complexité fait toute sa beauté, même si elle nous énerve quelquefois pendant les dictées. 

De plus, il ne faut pas oublier que la langue française est une part de l’identité québécoise qui mérite d’être protégée.  Dans un prochain article, j’expliquerai plus en profondeur pourquoi nous devrions défendre avec ferveur cette langue en déclin.

Comme l’a mentionné M. Bock-Côté dans le Journal de Montréal, la seule vraie manière d’assurer la survie de la langue aurait été l’indépendance du Québec. 

Mais nous avons perdu cette bataille.

C’est désormais le devoir de tous les francophones de se mobiliser et de protéger leur langue.

 

Références:

https://www.journaldemontreal.com/2020/03/10/pourquoi-les-jeunes-francophones-passent-ils-a-langlais 

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1780961/declin-francais-quebec-etudes-oqlf 

https://www.ledevoir.com/economie/597497/l-analphabetisme-coute-des-milliards-au-quebec