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L’affaire Mike Ward – Jeremy Gabriel

L’affaire Mike Ward – Jeremy Gabriel : un enjeu qui confronte la diffamation à la discrimination

Nombreux sont les scandales qui percent l’industrie des artistes québécois ces dernières années. Du scandale Jutras aux accusations envers Éric Lapointe pour violence conjugale à la suite d’une soirée des plus arrosées, le public québécois a été surpris un bon nombre de fois des actions de certaines personnalités. Mais le débat qui, je crois, a fait le plus la une dernièrement en raison de sa controverse générant des opinions toutes aussi divergentes les unes que les autres est l’affaire Mike Ward – Jeremy Gabriel. D’ailleurs, ce cas ne se résoudra pas dans les prochaines semaines, car Mike Ward a pris la décision d’amener sa cause en Cour Suprême pour atteinte à la liberté d’expression. 

 

Au début des années 2010 (entre 2010 et 2013), Mike Ward a fait une série de numéros humoristiques dont l’un interprété à Québec nommé « Les intouchables ». Dans ce numéro, l’humoriste fait référence à un jeune homme prénommé Jeremy-Gabriel et surnommé le petit Jérémy. Celui-ci est né de manière prématurée en 1996 et est atteint de la maladie de Treacher Collins qui cause une malformation du visage et une surdité tout de même assez importante. Dans ce gag, Mike Ward dit que ce jeune garçon est supposément en phase terminale due à sa maladie. Il prétend également que la raison pour laquelle Jérémy-Gabriel avait eu la chance de chanter avec des célébrités est que son entourage le prenait en pitié, car il allait mourir prochainement. Dans un autre numéro semblable, l’humoriste se prononce sur le fait que le petit Jérémy n’est toujours pas mort, qu’il « durait » bien plus longtemps qu’il le pensait et qu’il est donc complètement invincible. Il finit alors son numéro en riant et en disant qu’il a essayé de le noyer dans un parc aquatique, mais que le petit Jérémy a tout de même survécu. Bref, certaines personnes considèrent cela comme de l’humour noir qui vaut la peine d’être écouté, mais pour d’autres, ce sont des moqueries totalement déplacées qui auraient mieux fait d’être retenues dans la bouche de son énonciateur.  

 

Ses propos ont alors eu plus d’échos que l’humoriste ne l’aurait pensé au départ. Ce dernier se fit alors appeler par le Tribunal des droits de la personne du Québec afin qu’il verse une somme de 35 000 $ à la victime (ici, Jeremy-Gabriel) en raison des dommages moraux, punitifs et psychologiques subis par la victime ainsi qu’un autre montant de 7 000 $ à sa mère. Par la suite, un juge québécois a également considéré la « blague » de Ward comme étant des paroles violant la dignité, l’honneur et la réputation du jeune homme handicapé ainsi que son droit à l’égalité formelle et à la protection contre de la possible discrimination. Il ajoute également que Jeremy-Gabriel a été précisément visé dans le gag à cause de son handicap et c’est donc pour cette raison qu’il est atteint de discrimination majeure envers sa personne. « La nuance, c’est que l’exercice de la liberté d’expression ne doit pas violer les droits fondamentaux d’une autre personne », a mentionné Stéphanie Fournier, l’avocate qui représente le Tribunal des droits et libertés de la personne. En effet, dans cette affaire, il est question de discrimination versus de diffamation. Sur ce point, les avis sont mitigés. Plusieurs, dont moi-même, croient que c’est de la discrimination pure et dure et que si Jeremy-Gabriel n’était pas né avec un handicap, jamais on n’aurait parlé de lui dans ce sketch humoristique. La blague visait clairement sa différence. Ainsi, cette affaire devrait être jugée comme une atteinte aux droits fondamentaux de la personne. Or, il y a l’autre point de vue que plusieurs soutiennent et qui prétend que l’humoriste n’a pas fait de discrimination, mais plutôt de la diffamation. Même si l’un n’est pas plus valide que l’autre, la diffamation ne parle pas de droits de l’humain, donc Mike Ward ne devrait pas être jugé pour ce qu’il a fait. 

 

Julius Grey, avocat de Ward, affirme pour la défense de son client que s’il est condamné, les humoristes auront désormais la crainte constante de faire des blagues provoquant une certaine controverse, ce qui les amènera, selon lui, à se censurer plus qu’ils ne le souhaiteraient. 

 

Outre le « problème » de l’humour noir et brutal de Mike Ward, ce n’est maintenant plus une question de permission de se moquer des êtres humains que l’humoriste défend en amenant l’affaire en Cour Suprême du Québec après avoir refusé de payer toutes les sommes qu’on lui a imposées, mais le droit à la liberté d’expression comme nous la connaissons tous.